La mission principale de l’association mellifera est de sensibiliser tout un chacun à l’environnement. Notre public privilégié sont les écoles que nous recevons au rucher dans un milieu vivant pour leur faire découvrir la magnificence des abeilles. Cet univers offre un véritable vivier de connaissances pédagogiques élémentaires. Il offre une base complète pour un apprentissage en lien avec le vivant. L’apiculture fascine.

gschneider

18 mars 2025
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L’école entame une profonde mue technologique en intégrant des outils numériques censés « booster » l’éducation de ses élèves. Pour arriver à ses fins, le Canton de Vaud (comme d’autres cantons) y a mis le paquet. Plusieurs dizaines de millions de francs ont été injectés pour former le corps enseignant et équiper les écoles d’outils informatiques dernier cri.

On nous le promet : les enfants de demain seront hyperconnectés et prêts à relever les défis de demain. Mais de quels défis parle-t-on ? Et à quelle sauce nos enfants sont-ils hyperconnectés ?
C’est en participant à une réunion de parents pour mon enfant en 4P que j’ai pu découvrir l’envers du décor. Les TICE ou Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement se sont immiscées en classe. Cinq ou six tablettes serties d’un renfort en caoutchouc sont empilées sur le pupitre de la maîtresse. Trois ordinateurs flambant neufs, écran 24 pouces, de la marque à la pomme remplissent l’espace de la classe. Enfin, le fameux TBI (Tableau Blanc Interactif), sorte de tablette géante interactive a mis au pilori
le tableau noir. Une chose est sûre : on n’a pas lésiné sur le matériel ! On a fait table rase sur le matériel poussiéreux. Bienvenu dans le monde inspirant des TICE !

• Exit le tableau noir ;
• Exit les craies qui crissent désagréablement (astuce: casser la craie en deux pour éviter le sifflement douloureux) ;
• Exit aussi le frottoir embourbé de poussières

Des promesses numériques à démontrer
L’utilisation des médias digitaux dans l’éducation sont partout, concurrençant les livres, supports traditionnels d’éducation. En grande pompe, on nous présente, démonstration à l’appui, les vertus des outils numériques. On nous explique par A + B que ces nouveaux artifices gomment les inégalités et « améliore l’efficacité pédagogique globale. Certaines compétences en particulier sont ciblées : la compréhension, la créativité et la mémorisation, au travers d’exercices plus individualisés ou plus collaboratifs, plus libres et plus riches
tout en étant plus concrets et faciliter le travail des enseignant-e-s
». Vous êtes convaincu-e-s ? Presque…?

Mais je lis aussi ici et là, études scientifiques à l’appui, que ces nouveaux dispositifs abrutissent plus qu’ils ne dopent les cerveaux de nos élèves. Pire encore, les pays scandinaves – souvent considérés comme les premiers de classe en Europe en matière d’éducation – avaient emboité le pas du numérique en l’intégrant à tous les niveaux scolaires. Aujourd’hui pourtant, ils déchantent. Face à des résultats décevants dans les classements internationaux (PISA1), ces pays opèrent un retour au papier et au tableau noir. Alors, ces outils, c’est bien ou c’est pas bien ?

L’impact environnemental éclipsé
Ce qui est certain, c’est que ces dispositifs ont un impact environnemental bien plus lourd que les outils traditionnels: extraction de  matières premières, consommation énergétique, obsolescence programmée, gestion des systèmes de sécurité... La liste est longue.
ET pourtant, d’autres méthodes et d’autres outils existent pour doper l’apprentissage du savoir universel. Il nécessite presque rien en termes d’investissements financier; uniquement des compétences de pédagogue et peut-être quelques habits adaptés aux fluctuations de la météo: l’école à la forêt ou dans la nature. Petit, j’ai eu le privilège de recevoir un enseignement scolaire public que je considère comme exaltant et inspirant, mais sans technologie. Nos enseignant-e-s nous sortaient de la quadrature de la salle de classe pour nous immerger dans un environnement stimulant: la forêt. Les cours de français, de mathématiques, d’histoire, de sciences, de gymnastique etc. s’entrelaçaient. On y apprenait à peu près tout: la photosynthèse, la règle de trois, la trigonométrie, les figures de style, la religion, et même les bases de la programmation. Toutes ces notions élémentaires nous étaient transmises avec comme seul « matériel pédagogique » : la nature. Le soleil et l’eau comme uniques ressources énergétiques (renouvelables) pour faire fonctionner ce substrat pédagogique… Difficile de faire mieux !

Et vous, vous êtes plutôt TBI ou jardin fleuri ?
Certains diront que mes propos sont teintés de nostalgie. Moi, j’y vois plutôt du pragmatisme. Au risque de passer pour un anticonformiste, je peine à comprendre pourquoi tant d’énergie et d’argent sont injectés dans des artifices numériques pour réformer une éducation qui s’essouffle. Se reconnecter avec le vivant, immerger nos enfants dans l’ambiance d’un rucher, dans une nature luxuriante. Un décor où ils peuvent s’émerveiller, toucher, sentir, écouter, goûter (du miel bien sûr), observer sans avoir recours à des écrans de
fumée… pour exalter leur sens et leur apprentissage de la vie. Ne serait-ce pas une autre manière de réformer judicieusement l’éducation scolaire ?


Apicolement Vôtre
 

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1 Chaque année, le classement Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) fait couler beaucoup d’encre. Publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il s’appuie sur des tests mesurant les performances des systèmes éducatifs de 85 pays.